Ce Liégeois achète une œuvre à 500 €, elle en vaut… 30 millions!

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Ce Liégeois achète une œuvre à 500 €, elle en vaut… 30 millions!

L’histoire qui suit plairait à Robert Langdon ou à Benjamin Gates. Sauf que celle-ci est vraie. Elle percute notre inconscient. Titille notre imaginaire…

Qui n’a pas rêvé, en rangeant le grenier de sa grand-mère, de tomber sur un trésor oublié ? Qui n’a pas songé qu’un jour un homme au teint blafard et au costume noir trop strict viendrait vous annoncer le décès d’un tonton d’Amérique, milliardaire, et dont vous êtes l’unique héritier ? Un coup de pot du même style, incroyable don du destin, est arrivé à un habitant de la région verviétoise, qui s’est rendu compte qu’il possède un tableau évalué à plusieurs dizaines de millions d’euros !

Monsieur Jo (nom d’emprunt pour d’évidentes raisons de sécurité) est un commerçant aisé. Qui exerce son activité dans un village, à la lisière des régions liégeoises et verviétoises. La soixantaine, il aime le foot, la nature, la bonne bouffe.

Il aide un homme dans un bistrot

Il y a une dizaine d’années de cela, il lui arrive de fréquenter un bistrot de la banlieue de Herstal. L’occasion d’y retrouver des copains. D’y refaire le monde. D’y commenter les rencontres du week-end. C’est là qu’il fait la connaissance d’un gars un peu paumé. Dettes de jeux. Dettes de boisson. Un traîne la patte. Monsieur Jo est touché. Il décide d’effacer une partie de l’ardoise du malheureux. Les jours passent. Les deux hommes finissent inévitablement par se retrouver au zinc.

« Mon nouveau compagnon m’apostrophe en me disant qu’il n’oubliera jamais ce que j’ai fait pour lui », explique Monsieur Jo. « Dans la foulée, il me propose de lui acheter un tableau. Ce qui lui permettra de sortir la tête hors de l’eau. Pourquoi pas ? Il m’apporte l’œuvre. Je suis touché par le regard du Christ. Par les couleurs. Tope-la ! Nous établissons une facture. Un document d’achat en bonne et due forme. Voilà comment je deviens propriétaire pour la somme de… 500 euros. »

Il échappe à un hold-up

Ce portrait de Jésus, levant les yeux au ciel, est fixé sur une planchette de bois. Style format A4. Quelque chose intrigue Monsieur Jo. Il veut savoir qui est l’auteur. Quelle est l’époque. Dans ses connaissances se trouve un amateur d’art.

Le Verviétois et son tableau.
Le Verviétois et son tableau. - D.R.

Ce dernier frôle l’attaque cardiaque en découvrant le tableau. « Tu vas prendre ça et te rendre au plus vite à la banque où tu vas l’enfermer dans un coffre », dit l’expert. Monsieur Jo obtempère.

Il se rend alors dans une petite agence, à Battice. Y loue un coffre, comme suggéré. Se croit tranquille. Sauf que… L’agence est victime d’un hold-up. La gérante se voit dans l’obligation d’ouvrir les coffres. Les voleurs s’emparent du liquide. Ils jettent le tableau sur une chaise. Négligemment. Puis prennent la fuite. Voilà ce qui s’appelle passer à côté de la montre en or.

Est-ce cet incident ou une sorte de pressentiment qui amène alors Monsieur Jo à pousser plus loin ses investigations ? En mai 2008, il commande une étude à « L’Institut du patrimoine artistique ». Le document de 14 pages révèle notamment un élément essentiel : « Le support (l’arbre) de Ecce homo (nom de l’œuvre) a été abattu dans l’Ouest de l’Allemagne entre 1676 et 1699 ». Un avis qui sera confirmé le 17 février 2015 par Sovattana Vinn, du « Brussels Art Laboratory » lors d’une datation au carbone 14. L’enquête avance. Monsieur Jo va de surprise en surprise. Pourrait-il s’agir d’un… Rembrandt ?

Le temps de l’incertitude

Le génie néerlandais s’est servi de tous les ingrédients présents dans « Ecce homo ». Edgar Arens, artiste et restaurateur d’art, écrit à cet égard : « Rembrandt s’est beaucoup servi de glacis fait à partir de médiums à base de résines et d’huiles siccatives crues ou cuites. Le tableau « Ecce homo », de peintre inconnu révèle les mêmes caractéristiques. (…) Sa palette de couleurs et sa technique me font penser à l’influence d’un Rembrandt. »

Mais une autre possibilité se fait jour. Le nom de Ribera est évoqué. Peu probable ! Les dates ne correspondent pas. Il n’en demeure pas moins que Baudouin van Steenberghe, de la Chambre Belge des Experts en Œuvres-d’Art, écrit ceci à Monsieur Jo : « Sur le marché, il y a de très bonnes œuvres. Mais très peu d’œuvres exceptionnelles. Votre tableau en est une. Confirmée par tous les experts qui en ont eu connaissance. » Et Baudouin van Steenberghe de conclure : « Nous pouvons sans crainte l’évaluer (le tableau Ecce homo) correctement à plus de 30 millions d’Euros. »

Vous avez bien lu : estimation à plus de 30 millions d’euros !

Samedi, Août 3, 2019 - 15:09

«Investir dans mon club de football préféré»

Son origine reste inconnue.
Son origine reste inconnue. - D.R.

Été 2019. Monsieur Jo est décidé. Il veut vendre « Ecce homo ». « Finalement, je n’ai aucun plaisir à le savoir dans un coffre… » Les salles de vente traditionnelles lui inspirent une grande méfiance. Alors, il lance un filet à la mer en espérant ramener un gros poisson. Au bout de la pêche se trouve un fantasme étonnant, quoi que…

« Si je négocie aux prix annoncés, je me ferai un beau plaisir. Je crois que j’investirai une partie des fonds dans mon club de foot favori. Vous ne me croyez pas ? »

Si, on le croit. Car lorsqu’il évoque le ballon rond, ses yeux brillent. Et il se souvient du temps où lui-même poussait la sphère en 3ème provinciale.

D.R

Samedi, Août 3, 2019 - 15:08

De l’Espagne à la libération de Liège

Son origine reste inconnue.
Son origine reste inconnue. - D.R.

Aujourd’hui, le tableau de Monsieur Jo est enfermé dans un lieu aussi bien gardé que Fortnox. Ce dernier nous a fixé rendez-vous dans les faubourgs de Verviers. La banque n’est pas accessible au public. Pour y pénétrer, il faut franchir plusieurs sas. Déposer sa carte d’identité à un agent de sécurité. Accéder à une salle hyper surveillée.

Enrobé dans un linge blanc, le joyau apparaît. Le toucher, le tenir procure une émotion étonnante. Monsieur Jo s’en amuse : « Il a quand même une sacrée histoire, ce tableau. »

Comment est-il arrivé à Liège ? Par quel hasard cette merveille de l’art religieux a-t-elle franchi les frontières ? Si l’origine demeure inconnue, son périple contemporain débute durant les années 30. Un noble espagnol, sans doute un Catalan, est obligé de fuir l’Espagne et la dictature franquiste. Il trouve refuge en France. À Collioure, près de Perpignan. Là, une famille modeste l’héberge. Le cache. Subvient à ses besoins. En guise de remerciement, l’Espagnol offre le tableau. Survient la guerre. Le fils de la famille en question s’engage dans la légion étrangère. À ce titre, il participe à la libération de Liège. En Cité Ardente, il vit une idylle avec une femme. Le légionnaire s’en retourne en France alors que la dame est enceinte. Elle donne naissance au gaillard qui un jour, à Herstal, vendra « Ecce homo » à Monsieur Jo.

Car pris de remords, le Français est revenu en Belgique où, pour se faire pardonner de sa fuite, il a confié le chef-d’œuvre à son fils. La boucle est bouclée.

D.R

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