Publié le Mardi 3 Octobre 2017 à

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Le Half Marathon des Sables de Fuerteventura: 120 km de souffrance…et de bonheur (vidéos)

Charlotte Vanbever, envoyée spéciale à Fuerteventura

Le premier Half Marathon des sables à Fuerteventura s’est achevé dimanche avec quelques abandons (très compréhensibles) et des milliers d’ampoules aux pieds…


Des paysages époustouflants de beauté, une épreuve superbe d’exigence. @DR

Des paysages époustouflants de beauté, une épreuve superbe d’exigence. @DR

Ils étaient presque 300 à prendre le départ, mardi dernier, au milieu du désert de l’île chaude et humide du sud des Canaries. Ils sont arrivés bien moins nombreux, vendredi, sur la ligne d’arrivée, à une heure où le soleil brûle la peau. Précisément 228 participants (dont 6 Belges) sont allés au bout d’eux-mêmes et de ces 120 kilomètres de souffrance ensablée.

La course à pied est un sport individuel. Mais à l’image de sa grande sœur de 32 ans qui a fait sa réputation dans le Sahara, le trail du Half Marathon des sables est, lui, un moment de partage. Certes douloureux, mais où la camaraderie et l’entraide, bien plus que le chrono – hormis pour les 10 premiers hommes au classement qui ont terminé les trois étapes en trois fois moins de temps que les derniers (soit un peu plus de 10 heures seulement !) – prédominent. Et c’est essentiel…

La première étape de ce HMDS comptait 25,5 km. Quelques dénivelés, des chemins rocailleux mais surtout, beaucoup, beaucoup de sable. Et des obstacles parfois infranchissables pour certains, à bout de force. Au terme de l’épreuve, une dizaine de personnes abandonnent. Souvent, les larmes aux yeux. Et le regret de ne pas avoir été plus loin, pourtant déjà au bout d’eux-mêmes.

Ces 25,5 kilomètres – plus durs parfois, nous diront quelques coutumiers du genre, qu’une étape du Marathon des sables, pourtant plus long ! – n’étaient pourtant qu’une mise en bouche. L’étape longue de 65,5 kilomètres les attend le lendemain. Mathématiquement, seuls les tout premiers – le leader incontesté péruvien Remigio Huaman Quispe suivi d’une clique d’Espagnols et d’un Danois – arriveront au bivouac, lieu d’arrivée fixe chaque jour, avant la tombée de la nuit. Pour les autres, il faudra marcher, courir, et crapahuter dans l’obscurité, munis d’une lampe frontale et d’une balise fluorescente. Pour certains, finir cette étape longue prendra plus de 20 heures. Une dizaine de participants, abandonneront, exténués ou malades.

Sur le camp où chacun vit en autosuffisance et partage le feu avec son voisin de tente installée au cœur du désert, les traits sont tirés au terme de cette étape.

On retrouve les Belges. Ceux du début sont encore là. Non sans mal. Jean a été traité, en pleine course, par les médecins. «  Je tremblais, je n’arrivais à rien avaler sur le parcours  » nous dit-il.

«  Les médecins m’ont fait un check-up complet et m’ont fait une piqûre  ». Sur les rotules, il est reparti, soutenu dans sa fin de course par un Français et une Québécoise. «  L’étape suivante est moins longue mais rien n’est petit ici. Molo…  » Dolores, elle, souffre en silence dans sa tente. Elle est incapable de bouger sa jambe gauche. Une injection d’antidouleurs la remet sur pied, quelques heures plus tard. Des pieds, justement, Olivier n’en a plus. Ils ne sont qu’ampoules. Edwin et Dirk, eux, n’accusent pas trop la fatigue. Le jeune Liégeois s’étonne même d’être « si bien ». Vendredi, tous ces Belges ont franchi la ligne d’arrivée. Une récompense les attendait : certes la médaille du finisher, mais aussi une petite piscine et un buffet chaud – et quelques bouteilles de vin – le soir même. Edwin a pris goût au trail de l’extrême. Olivier, lui, ne reviendra pas. «  Le terrain était parfois un peu trop exagéré  », nous dit-il. Jean, qui courait pour plusieurs associations, a «  plus souffert à Fuerteventura que dans le désert du Maroc, sur une distance double  ». Mais s’ils ne se reverront probablement pas sur la deuxième édition de ce Half Marathon des sables, ils ont construit, ensemble et fièrement, des souvenirs qui ne s’effaceront jamais.

Au cœur d’une étape… et à bout de souffle

Ca papote dans les rangées, sur la ligne de départ. La dernière épreuve de ce Half Marathon des sables (ne) compte (que) 21 kilomètres. Mais plus aucun participant n’est dupe, quelques difficultés viendront bien entraver la progression vers la ligne d’arrivée. Ce sera la leçon à retenir : rien n’est facile ici. Musique à fond, on s’applaudit une dernière fois avant le décompte final. 3,2,1, c’est parti…

Les leaders prennent déjà un kilomètre à ceux qui agitent leurs bâtons de marche rapide. On se faufile, les jambes fraîches de ne pas avoir subi les épreuves précédentes, et le sac allégé de 2 ou 3 kilos, sans sac de couchage à transbahuter. Ne pas s’épuiser dès le début, nous a-t-on répété. Alterner course et marche. Rapide, très rapide même. C’est plus prudent : le tracé est parsemé de roches volcaniques coupantes. Un faux pas et c’est l’entorse ou l’entaille. On lève la tête pour admirer le paysage aride, noir et ocre, vierge de toute végétation. Dix km déjà et premier ravitaillement en eau. Près d’une heure trente de parcours presque… On se dépasse, on motive ceux qui commencent à accuser le coup. La promenade, jusqu’alors de santé, devient un peu pénible. Pas de fatigue mais une chaleur qui tombe comme une chape de plomb. Au milieu des terres, la température grimpe jusqu’à 40 degrés. On suit un long fleuve asséché. On tente de garder la même cadence. Quatre bornes de marche rapide pour retrouver l’envie de courir.

Quelques badauds locaux se sont arrêtés en bord de parcours et lancent leurs encouragements : «  Vamos, vamos  ». C’est bête mais ça remotive. Et sans s’en rendre compte, le cap des 17 km, dernier passage au check point, est franchi. Le sable noir, la mer à quelques pas, s’offre à nous. L’accélération est proche. Elle attendra. Reste à franchir deux kilomètres de dénivelés rocailleux. La récompense au sommet de ces montagnettes : une vue imprenable sur la mer. Et, au fond, la ligne d’arrivée, au milieu d’un immense resort arboré (Las Playitas). Encore dévaler, sans se blesser, une petite centaine de mètres, de pierre glissante. Puis, accélérer, même dans le sable. Et comme rien n’est jamais facile ici, même à l’approche de la ligne d’arrivée, le parcours est dévié. Ce qui nous semblait 100m sont transformés en un détour de 200. Pas grave, même le souffle court, on ne marchera pas. On arrive victorieux, même si la victoire est petite. Des 3 étapes de ce Half Marathon des sables, on n’en a connu qu’une. Mais une qu’on a savourée. Jusqu’au dernier pas.

« C’est un style de vie »

Ce Half Marathon des sables comptait 30 % de participantes. Généralement, si les femmes ne rivalisent pas avec les chronos des 10 premiers coureurs, elles abordent ces longues distances avec intelligence, sachant s’économiser. D’autres sont de véritables machines de guerre, au sourire pourtant bien naturel…

La Britannique Anna-Marie Watson a clos ses 120 kilomètres de course désertique – échelonnés sur 3 jours – en un peu plus de 13 heures. Elle est la première représentante féminine au classement général, 13 places derrière le premier homme. À ce niveau-là, pas question d’amateurisme. Mais d’une passion dévorante. La coureuse de 38 ans s’entraîne chez elle, dès qu’elle le peut. Elle possède son propre business, ce qui lui permet nous dit-elle, de parfois prendre une semaine pour s’entraîner, quand une compétition l’exige. Avant l’Half Marathon des sables, elle participait à l’Ultra trail du Mont-Blanc et ses 170 km qui affolent professionnels et amateurs. «  Depuis, je n’avais couru que 10 kilomètres. J’ai plus nagé et fait du vélo  ».

La course à pied, Anna-Marie y est venue en 2004. «  J’ai fait mon premier marathon. Puis mon premier ultra en 2008  ». Mais c’est en 2015 qu’elle décide d’aller mordre la poussière et surtout le sable. « En voyant des gens qui savaient à peine marcher, portant des sacs à dos, à l’aéroport de Gatwick que j’ai eu le déclic. Je leur ai demandé d’où ils venaient. Ils m’ont dit du Marathon des sables au Maroc. J’ai pensé que c’était ridicule !  » Elle s’y est inscrite et le virus l’a contaminée. Aujourd’hui, la grande gagnante parmi les femmes se tâte : «  Je voulais faire le marathon des sables, le semi-marathon et l’ultra Mont-Blanc. Maintenant, quoi ? Peut-être celui au Pérou ?  » (dont la première édition aura lieu en novembre prochain).

On a beau être une performeuse de l’extrême, on n’en reste pas moins une femme. Une douche, au terme de cette petite semaine de bivouac, la Britannique en rêve ! «  Et d’un bon poisson, d’un verre de vin et de pudding  ».

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