Publié le Vendredi 15 Septembre 2017 à

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14 ans de prison requis pour l'incendie mortel au Vieux Sultan

Belga

Ce vendredi, le tribunal correctionnel de Verviers se penche sur le dossier d’Edgard Bodarwé. Le cuisinier waimerais a mis le feu à son établissement dans lequel se trouvait sa maman. Celle-ci est décédée dans l’incendie, en 2012. Le parquet a requis 14 ans de prison à son encontre.


Le cuisinier comparait devant le tribunal correctionnel ce vendredi.

Claude Dael

Le cuisinier comparait devant le tribunal correctionnel ce vendredi.

Edgar Bodarwé, un restaurateur waimerais de 65 ans, poursuivi pour l’incendie en mars 2012 de son établissement le Vieux Sultan, dans lequel sa mère, Olga Christian, âgée de 88 ans, était décédée, a expliqué vendredi matin devant le tribunal correctionnel de Verviers qu’il avait agi de la sorte en raison de sa situation financière très difficile.

«  Le jour des faits, je devais remplir les cuves à mazout. Je devais aussi réparer des chambres froides. Je ne savais pas comment j’allais payer tout cela. Cela me travaillait. Je me suis assis. J’ai bu du café et du cognac et puis j’ai mis le feu à l’établissement avec un brûleur se trouvant dans la cuisine. Je voulais en finir avec l’établissement, mais avec le recul, je me demande pourquoi  », a-t-il déclaré au tribunal.

Il ressort du dossier qu’Edgar Bodarwé, qui était en personne physique, était criblé de dettes. Il parle de 500.000 euros. «  Je sais que j’étais en retard de paiement de mon assurance. Je n’ouvrais plus mes courriers, mes rappels  », a-t-il ajouté.

L’analyse financière a par ailleurs démontré que l’établissement manquait de liquidités et que lors d’un trimestre de 2011, soit quelques mois avant l’incendie, 60.000 euros avaient disparu des caisses sans que le prévenu ne puisse l’expliquer.

Selon lui, sa mère et son frère s’opposaient à l’intrusion de son épouse dans les comptes. De par sa profession au sein des contributions au Grand-Duché de Luxembourg, elle aurait pu lui être utile.

Interrogé sur l’incendie du restaurant, le sexagénaire a déclaré qu’il était resté un long moment sans réaction puis, en voyant l’incendie se développer et pris de panique, il a simulé une agression pour éviter le jugement de ses proches quant à sa décision de mettre le feu à l’établissement, dans la famille depuis 90 ans.

«  Et c’est seulement en voyant arriver les pompiers que j’ai pensé à ma mère qui dormait à l’étage  », a-t-il ajouté. Selon le dossier, sa mère se montrait distante, froide. Le Waimerais s’occupait énormément d’elle. Il l’accompagnait dans ses déplacements et lui préparait ses repas. «  C’était une charge, mais, même si elle était plus proche de mon frère que moi, je ne lui en voulais pas. Elle était secrète, elle ne partageait rien avec moi  », a expliqué le sexagénaire, qui ne cesse de penser aux faits et à leurs conséquences depuis ce 2 mars 2012.

Depuis sa sortie de prison en avril 2013, le restaurateur a repris pied dans la vie professionnelle au sein d’un établissement de Malmedy. Il a été suivi durant deux ans pour ses problèmes d’alcool et par un psychiatre pour discuter de la disparition de sa mère.

« Une juste peine » de 14 ans demandée par le parquet

Le procureur du Roi ff de Verviers, Gilles de Villers Grand Champs, a requis une peine de 14 ans de prison à l’encontre d’Edgar Bodarwé.

Le procureur a rappelé que cet incendie avait pris à différents endroits contrairement aux déclarations du prévenu survenues plus tôt dans la matinée. Ce dernier avait expliqué avoir posé un brûleur sur le bar permettant ainsi l’embrasement de l’établissement. Un rapport d’expertise circonstancié confirmait la présence de plusieurs foyers entretenus dans un premier temps par le prévenu puis par les substances, essentiellement l’alcool, se trouvant sur les lieux de l’incendie.

Il ressort des différents éléments du dossier, parmi lesquels les rapports psychologiques et psychiatriques, que le prévenu était dans une situation psychologique telle que la seule issue pour faire face à ses problèmes financiers rencontrés dans le cadre de la gestion de son hôtel-restaurant était d’y mettre le feu.

«Il y a eu une décompensation psychologique au fil du temps. Et, avec cette personnalité rigide qui était sienne, il ne voyait d’autre issue que de tout faire partir dans un grand feu de joie», a expliqué à la barre l’expert psychologue.

Avec une question qui reste sans réponse de la part du prévenu, sa mère y compris. Une question soulevée par le parquet qui estime que le prévenu a aussi vu dans cette solution la possibilité d’écarter une autre charge devenue pesante au fil du temps.

Le prévenu avait d’ailleurs admis lors de son interrogatoire qu’il s’occupait d’elle avec bon cœur sans rien réclamer financièrement mais que cette situation était difficile et l’empêchait de profiter quelque peu de la vie.

Au regard de cet élément central du dossier pour estimer «la juste peine», de la personnalité du prévenu et de l’absence de suivi depuis deux ans pour régler ses problèmes psychologiques et sa dépendance à l’alcool, le parquet a requis une peine de 14 ans de prison.

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