Publié le Mercredi 5 Juillet 2017 à

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Boxe: Marc Petit-Jean fête ses 30 ans de coaching

J.V.

Marc Petit-Jean entraîne des boxeurs depuis 1987. Une éternité… et ce n’est pas terminé. Portrait d’un coach exigent qui s’est forgé un mental d’acier au fil des ans.


Il enseigne désormais au Boulevard Cuivre et Zinc à Liège.

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Il enseigne désormais au Boulevard Cuivre et Zinc à Liège.

On l’aime ou on ne l’aime pas. Marc Petit-Jean ne laisse personne indifférent. Certains diront de lui qu’il est un bagarreur, un vantard voire un malhonnête, tandis que d’autres affirmeront qu’il est franc, respectueux et juste. Le palmarès de l’entraîneur, lui, mettra tout le monde d’accord : 26 titres de champion de Belgique, 5 titres de champion d’Europe, 3 titres de champion du monde (dont deux dans la plus grosse fédération, la WKN). Voilà les sacres décrochés par ses protégés en 30 ans de coaching. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Pour en arriver là, l’homme a cependant dû lutter. Contre les médecins, la délinquance, ses démons intérieurs, les jalousies, les problèmes financiers, la bureaucratie… Mais c’est un combattant et un combattant ne baisse jamais les bras. Les embûches, les erreurs, le rendent plus fort au fil du temps. Et plus encore que les titres conquis, sa fierté réside dans le message qu’il tente de faire passer. Un exemple concret de ce qui le motive au plus haut point lui vient à l’esprit. «  Un jour, au bowling de Tilff, un type s’adresse à moi  », explique-t-il, assis sur sa chaise, le regard dans le vide et le sourire satisfait. «  Il me demande si je le reconnais. Je lui rétorque qu’il me semble en effet que nous nous sommes déjà vus. Il m’explique qu’il est plongeur-démineur à l’armée et qu’il fut mon élève durant une année. Puis, il me balance : ‘Je ne vous remercierai jamais assez M. Petit-Jean. Lors des moments compliqués dans mon métier, je me disais qu’avec vous c’était encore plus dur. Cela m’a aidé à relativiser beaucoup de choses.’  »

« Souffert comme jamais »

Dur ! C’est peut-être le terme le plus adéquat pour définir l’entraîneur. Ses élèves sont unanimes à ce sujet. Là où d’autres coaches réconforteraient leurs boxeurs, les laisseraient respirer, Marc Petit-Jean les provoque, les vexe, exige plus. Si on s’engage avec lui, on le fait à fond. Il n’y a pas de demi-mesure. Il a trop souffert étant enfant pour tolérer des jérémiades sous prétexte d’une simple fatigue, voire douleur. Il n’avait que 7 ans lorsque son père est décédé dans un accident de la route et sa mère l’a eu très jeune. Il fut donc élevé par ses grands-parents, à Tilff, et c’est son grand-père qui lui a suggéré la boxe française, à 11 ans. Il a de suite adhéré même s’il avoue préférer l’anglaise depuis toujours. Il doit cependant stopper toute activité à 13 ans. Il a un handicap. Une de ses jambes est 8 cm plus courte que l’autre. On l’opère et lui fait gagner 5,5 cm. «  J’ai souffert comme jamais  », grimace-t-il. «  Je ne souhaite ça à personne, même mon pire ennemi.  » Mais le calvaire n’est pas terminé. Une erreur médicale de sa kiné entraîne une nouvelle opération. On lui dit qu’il est perdu pour le sport, excepté la natation. «  Cette injustice et ce sentiment d’impuissance ont créé un déclic dans ma tête. Je me suis juré que désormais plus personne ne me manquerait de respect. J’ai repris la boxe française et j’ai complété mes entraînements avec le karaté.  »

Il n’a que 17 ans et est animé d’un sentiment de révolte. Il enchaîne les coups foireux, sans pour autant les regretter un jour. Les erreurs rendent plus fort… «  J’ai fait des choses peu recommandables avant de comprendre que tout cela ne servait finalement à rien  » dit-il tête haute. «  Je me suis réfugié dans le sport. Je m’entraînais dès que j’en avais l’occasion. Des gars de mon quartier ont vu cette transformation et un jour, ils sont venus me trouver. Ils ne voulaient plus perdre leur temps à se droguer et désiraient que je les entraîne. Philippe Peeters s’est battu pour que nous puissions accéder à la salle omnisports d’Esneux et tout était lancé… Mais j’y allais fort et il n’était pas rare que les gars tombent dans les pommes lors des séances.  » Du coup, ils ne venaient plus, n’étant pas prêt à effectuer les sacrifices nécessaires. «  Ces entraînements exigeants ont cependant attiré une autre clientèle et le club est né.  » L’entraîneur aussi, allant jusqu’à coacher 28 boxeurs en activité en même temps, dont 10 classe A. Mais s’il est parvenu à tenir la distance, c’est surtout grâce au respect qu’il inspire auprès de ses combattants. «  Ce que les boxeurs montrent dans la rue n’a rien à voir avec ce qu’ils sont dans le vestiaire. Certains ont très peur avant de monter sur le ring. Quant à moi, au sein du club, j’ai toujours mis les gants pour montrer mon autorité. Si je ne l’avais pas fait, certains me seraient montés sur la tête !  »

« Au niveau affectif, entraîner Jessy n’est pas évident »

Si Marc Petit-Jean a entraîné de nombreux boxeurs, il suit avec plus d’attention qu’un autre la carrière de l’un d’eux et pour cause, c’est son fils : Jessy. «  Au niveau affectif, ce n’est pas évident. C’est mon gamin. Il est difficile de le voir se prendre des coups. Tandis qu’en dehors du ring, je tente de prendre soins de sa carrière au maximum. La boxe est un monde de requins. Je ne veux pas qu’il lui arrive des bricoles.  »

Marc n’a cependant pas ménagé son fils au début. «  Je mettais les gants avec lui et j’y allais plus fort qu’avec les autres. Il pleurait régulièrement, mais je n’arrêtais pas. Même mes autres élèves me disaient de stopper. Pas question, parce que Jessy me rentrait dedans de plus belle lorsqu’il arrêtait de pleurer. Et ce n’est qu’à ce moment que je déposais les gants. Il a ainsi appris à ne plus subir. Un boxeur doit toujours tout tenter, ne jamais abdiquer.  »

Avec le résultat qu’on connaît : un titre de champion d’Europe et un autre du monde. Qui fut d’ailleurs décrié par certains qui estimaient qu’il n’était pas dans une fédé renommée. «  Ceux qui disent cela sont des incompétents de la boxe. Il a été sacré en WKN qui est aujourd’hui la plus grosse fédé mondiale. Cela nous amène à un constat qui m’agace au plus haut point. Quand on a un champion en Belgique, des gens tentent toujours de le rabaisser par jalousie. Le sentiment doit être inverse ! On peut être fier des boxeurs résidents en Belgique ainsi que des entraîneurs. L’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Nous n’avons rien à envier aux autres.  »

Et les railleries sévissent aussi depuis qu’il boxe en anglaise. «  Certains disent qu’il ne boxe personne mais je constate que tout le monde croyait qu’il serait battu au championnat de Belgique, et il a remporté la ceinture. Une carrière cela se construit !  »

Ce qu’ils disent de lui

Xavier Gatez : «  Il m’a appris énormément de choses à mettre en pratique sur le ring, mais aussi dans la vie. Son enseignement m’a guidé dans la suite de mon existence, même au-delà de ma carrière de boxeur. Je le respecte beaucoup. C’est quelqu’un d’humain et de juste. D’accord, il est exigeant, mais il l’est aussi avec lui-même. Et il a l’œil. Je me souviens d’un affrontement précis durant lequel j’étais acculé durant les 3 premiers rounds. Il m’a dit de changer de garde, que ça me permettrait de mettre un coup de genou dans le point faible de mon adversaire. Je l’ai piqué et j’ai gagné.  »

Laurent Bouvy :«  Je suis son plus vieil élève. Il m’entraînait à la dur. Nous allions partout pour nos séances. Il allait même jusqu’à venir me chercher à l’Athénée à midi pour que je frappe dans les palettes. Entraînement, entraînement, entraînement ! Dans le coin, il encourage toujours ses boxeurs et voit clairement les trous chez l’adversaire. Mais ne comptez pas sur lui pour vous réconforter. Sa technique, c’est de provoquer en attendant une réaction d’orgueil. Je le revois encore me dire : « On fait quoi ? Tu veux que je jette l’éponge ? On abandonne ? » Et bien sûr, j’étais reboosté.  »

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