Publié le Mercredi 15 Février 2017 à

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Procès Troiano: le décès d'Esteban a causé un énorme traumatisme (direct)

Rédaction en ligne

Le procès d’Amédéo Troiano se poursuit pour la deuxième des trois semaines prévues. Il est accusé d’avoir tué trois personnes à Visé en 2014. Après les auditions de la famille de l’accusé ce lundi, et des maîtresses de l’une des victimes ce mardi, les débats s’axeront aujourd’hui sur la personnalité des trois personnes décédées : Benoit Philippens, Carol Haid et Esteban, qui avait à peine neuf ans.

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Le décès du jeune Esteban Counet a causé un important traumatisme

Les parents du jeune Esteban Counet ont été entendus mercredi après-midi devant la cour d’assises de Liège, au procès d’Amédeo Troiano. Ils ont confié leur douleur d’avoir perdu leur jeune enfant de 9 ans. A l’issue de leur témoignage, Amédeo Troiano s’est levé et leur a adressé la parole. Il a affirmé qu’il souffre autant qu’eux d’être accusé de faits qu’il prétend ne pas avoir commis.

Amédeo Troiano est suspecté d’avoir commis les assassinats de Benoît Philippens (36 ans), de son épouse Carol Haid (38 ans) et du filleul de cette dernière, Esteban Counet (9 ans). Ce couple de banquiers et leur filleul avaient été exécutés de plusieurs tirs d’arme à feu le 18 avril 2014 à Visé.

Le père d’Esteban Counet a confié aux jurés qu’il n’avait pas eu le temps de dire au revoir à son fils dans les heures qui ont précédé les faits. Le jeune enfant découchait pour la première fois et devait loger chez sa marraine, Carol Haid. Lorsqu’elle s’est présentée chez son filleul, il lui a offert un petit cadeau. Très heureux de sa surprise, Esteban s’est précipité vers Benoît Philippens et a quitté ses parents sans les saluer.

Le père de cette jeune victime a confié l’enfer vécu lors de l’annonce du décès de leur fils par deux policiers. «J’ai frappé les murs. J’ai dû réveiller un de mes enfants pour lui annoncer le décès de son frère. Ensuite, j’ai été obligé de prévenir les grands-parents», a indiqué le papa d’Esteban.

La mère d’Esteban a notamment lu une lettre dans laquelle elle qualifie l’acte commis «d’acte foudroyant». Elle révèle que sa famille est plongée dans un état de colère et que ses interrogations demeurent sans réponse parce que l’accusé refuse de répondre. «Cela rend le chemin du deuil plus long. Nous ressentons de la colère, de la haine et même de la culpabilité, rien que par le fait d’être vivants. La vérité est devenue notre combat. Nous sommes bloqués à la date du 18 avril 2014. Esteban vient de nous être arraché. Nous sommes figés dans le temps», a-t-elle confié.

Les parents ont regretté l’attitude d’Amédeo Troiano. L’accusé s’est levé pour leur répondre. «Je compatis à votre douleur. Je n’ai pas touché à un cheveu de votre enfant. Je ne suis pas comme cela. Je ne suis pas un monstre. Porter le chapeau pour quelque chose que je n’ai pas fait, c’est lourd. On a mis sur moi l’image d’un tueur d’enfant. Psychologiquement, c’est très dur. Notre souffrance est la même», a lancé l’accusé aux parents.

Le décès du jeune Esteban Counet a causé un important traumatisme parmi les jeunes élèves de l’école qu’il fréquentait. Une institutrice a décrit Esteban comme un petit garçon gentil, discret et très bien intégré dans sa classe. Le jeune garçon âgé de 9 ans travaillait bien à l’école et ne se mettait pas en avant. Très agréable, il préférait mettre ses camarades en avant.

Le personnel de l’établissement scolaire a été démuni d’apprendre le décès de l’écolier. Spontanément, les instituteurs et les élèves ont dédié un endroit pour lui rendre hommage. Les enfants de l’école y ont déposé des cadeaux à l’attention d’Esteban. «Les plus petits écoliers ne comprenaient pas bien les circonstances du décès d’Esteban. Ils souhaitaient obtenir des détails précis. Eux aussi redoutaient d’être tués. Les histoires qu’ils voyaient dans les séries télévisées devenaient une réalité. Des professionnels ont répondu à leur questions», a précisé une institutrice.

La réaction des jeunes élèves de la classe d’Esteban, marqués par l’événement, a été particulière. Depuis les faits, tous les matins, ils ont pris l’habitude de se compter afin de savoir si l’un d’eux ne manque pas à l’appel.

L’institutrice a également confié que la soeur d’Esteban se réveille régulièrement depuis les faits en raison de cauchemars. « Elle rêve qu’elle doit aller chercher son frère. Mais elle ne le trouve pas. Elle croit qu’Esteban pense qu’elle l’a laissé tomber », a précisé l’institutrice.

La bourgmestre de la ville de Limbourg (située entre Verviers et Eupen), Valérie Dejardin, a précisé que le traumatisme s’est rapidement étendu à l’ensemble de la population. «Dès le lendemain, un sentiment d’irréalité s’est répandu dans la population, totalement ébranlée. Des personnes se sont rassemblées et des événements ont été organisés. La population a voulu se montrer solidaire avec la famille. Nous sommes encore sous le choc», a indiqué la bourgmestre au nom de ses citoyens.

Les témoins soulignent la gentillesse de Carol Haid

Carol Haid a été décrite mercredi devant la cour d’assises de Liège comme une dame unanimement appréciée. Les témoins de personnalité de cette victime ont souligné la gentillesse et l’empathie qu’elle manifestait pour les gens qu’elle rencontrait. Amédeo Troiano est suspecté d’avoir commis les assassinats de Benoît Philippens (36 ans), de son épouse Carol Haid (38 ans) et du filleul de cette dernière, Esteban Counet (9 ans). Ce couple de banquiers et leur filleul avaient été exécutés de plusieurs tirs d’arme à feu le 18 avril 2014 à Visé.

Les parents de Carol Haid, une des victimes des faits, ont décrit leur fille comme une personne qui était très gentille et attentionnée envers les autres. Carol Haid était toujours prête à rendre service, ont-ils souligné. Elle était douce et elle avait pour habitude de prendre les gens sous une aile protectrice. Avec Benoît Philippens, elle formait un couple heureux. Elle ne se confiait pas beaucoup sur sa vie professionnelle ou sur sa vie privée.

La mère de la victime a fait part de sa douleur après la perte de sa fille. «Je ne souhaite cela à personne. Je suis une mère à qui on a arraché sa fille. En plus de cela, j’ai perdu mon beau-fils ainsi que le petit Esteban. Je ne souhaite cela à personne», a indiqué la maman de Carol Haid.

La soeur de Carol Haid ainsi que son beau-père ont confirmé qu’elle était une dame très attentionnée envers les gens. «Son empathie était une de ses principales qualités», a précisé son beau-père. Sa filleule de coeur a avoué qu’elle a été détruite par les faits. «On m’a pris une partie de moi-même lorsqu’elle a été tuée. C’était un pilier pour moi. Elle était ma confidente», a indiqué ce témoin.

Carol Haid était une employée unanimement appréciée par ses collègues de travail. Au sein des agences où elle avait travaillé, en compagnie de Benoît Philippens, elle était plus particulièrement chargée de la clientèle professionnelle. Carol Haid était surtout appréciée pour la générosité qu’elle manifestait dans l’aide apportée aux clients.

Sur le plan sentimental, elle avait connu une première relation importante qui s’était conclue par une séparation douloureuse. C’est après cet événement qu’elle s’était rapprochée de Benoît Philippens et qu’elle avait noué une relation très sérieuse. Elle était très amoureuse de lui car il l’avait soutenue lors de ces moments difficiles.

Selon plusieurs témoins, le couple était composé de deux personnes à la fois très différentes et complémentaires. Des collègues de travail ont décrit un joli couple qui avait beaucoup de projets. Si Benoît Philippens était «speedé», Carol Haid avait plutôt un caractère très calme et un côté nonchalant.

A ses côtés, Benoît Philippens a aussi été décrit comme un homme doté d’un double visage. Carriériste et ambitieux, il pouvait être très dur et blessant dans ses propos à l’égard des employés de la banque. Mais dans le privé, il se montrait gentil et attentionné.

Des témoins ont à nouveau souligné que Benoît Philippens était un «dragueur» invétéré. Obsédé par les femmes, il avait affiché un comportement volage. Carol Haid l’avait suspecté de tromperies.

Benoît Philippens décrit comme un professionnel consciencieux

Les témoins de personnalité de Benoît Philippens, une des victimes des faits reprochés à Amédeo Troiano, ont décrit ce banquier comme un professionnel consciencieux et ambitieux. Dans la vie privée, il a été dépeint comme un homme généreux qui aimait la vie.

Benoît Philippens a été décrit par ses amis comme un homme entier, sensible, exigeant et correct en amitié. Il avait été marié une première fois mais avait divorcé à la suite d’une relation extra-conjugale. Il avait ensuite eu un véritable coup de foudre pour Carol Haid, une femme de caractère qui arrivait à le recadrer lorsque c’était nécessaire. C’est par ce trait de caractère qu’il avait été plus particulièrement attiré. Carol Haid n’ignorait pas le passé tumultueux, sur le plan extra-conjugal, de Benoît Philippens. Le couple s’était marié en avril 2012. A l’époque des faits, Benoît Philippens et son épouse devaient effectuer un voyage à Tenerife pour fêter leur anniversaire de mariage.

Sur le plan professionnel, il avait gravi les échelons rapidement dans sa banque. Il s’était donné les moyens d’atteindre ses objectifs. Il était «carré» dans ses décisions. Selon un ami, Benoît Philippens pouvait aussi se montrer raciste à l’égard de certains clients étrangers. Il pouvait paraître arrogant ou doté d’un égo surdimensionné. « C’était un gars bien mais il avait un peu été «pourri» par la mentalité Fortis. Il fallait pousser les autres pour faire sa place. Mais il était honnête », a précisé le père de son filleul.

Selon son meilleur ami, Benoît Philippens se cachait derrière une carapace. Il était sensible. Consciencieux, il n’avait pas peur de s’imposer pour réaliser ses objectifs. «Il était aussi en quête de reconnaissance, épicurien, entier et généreux», a précisé son meilleur ami.

Le frère de Benoît Philippens l’a décrit comme le grand frère rassembleur au sein de la famille. Il s’intéressait au sort de ses parents. Il était aussi généreux et appréciait les bonnes choses de la vie comme le bon vin. «La mort de mon frère est une perte gravissime. Elle m’a laissé une plaie dans le cœur qui ne se refermera jamais. Seule l’expression de la vérité peut nous permettre d’aller de l’avant et de nous reconstruire. Ces faits crapuleux et atroces ont causé énormément de dégâts. Nous avons une haine profonde, aggravée encore par le fait que le jeune Esteban a été tué», a indiqué le frère de la victime.

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